Bien sùr ma rose à moi, un passant ordinaire croirai
qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque je l'ai arrosée.Puisque c'est elle que j'ai mise sous son globe. Puisque c'est elle que j'ai abritée par un paravent. Puisque c'est elle que j'ai écoutée se plaindre ou se vanter ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.
Le petit Prince -St Ex.
"Il était une fois un petit Prince qui vivait sur une planète et qui avait besoin d'un ami."
"Little Prince", c'est ainsi que me surnommait le Père Bernard,
que j'avais rencontré au cours d'une de mes promenades sans but,
à la recherche d'une âme amie.
Il ne m'a pas dessiné de mouton, mais il m'a parlé,
il est devenu mon ami, puis il est parti,
et j'ai cherché ma planète,
je l'ai enfin trouvée,
c'est ici.
lise
Après sa mort, bribe par bribe, j’ai rassemblé ma mémoire éparse, traquant ses
gestes, ses sourires, ses larmes, ses cris. J’ai remonté le temps, désespérée de voir fuir les souvenirs à peine recréés.
D’un si grand amour je l’ai retenue, embrassée, enlacée, espérant la faire vivre,
la garder près de moi. Je ne pouvais rien pour elle que l’aimer.
Le combat a cessé. Un jour est survenu le silence.
Je m’arrête, je m’assieds, essayant un repos illusoire, la tête toujours à
l’écoute de nos souvenirs, le coeur toujours brisé, la nausée au creux du corps, l’âme désertée, en total désarroi de moi-même, seule, terriblement seule, face au silence des
autres.
Pourquoi elle, cette enfant que je porte toujours en moi? Pourquoi
ça?
Je pense “elle est morte” et mon corps se vide de toute
substance.
Tout ce qu’il me reste d’elle passe par la souffrance. Je la préfère à
l’absence totale, à l’oubli. Je suis, certain jour, une douleur hurlante, je voudrais m’agenouiller devant elle. Je me mets en tas et je pleure, mais aucune larme ne
s’échappent.
Elle m’a beaucoup donné, elle m’a rendue meilleure. Pour aider un être souffrant,
faut-il souffrir autant que lui?
J’ai peur d’oublier son visage. Pour le recréer, je le peins. Toujours elle,
jamais elle.
Et cet état de presque bonheur, il tremble parfois au fond de mes larmes:
“Bientôt je te rejoindrai”.
Mais là-bas, comment nous reconnaîtrons-nous?
Combien de fois t’ai-je appelée dans l’allée, dans la rue “Je t’aime,
Marie-Josèphe, je t’aime”
Combien de fois t’ai-je retrouvée accroupie dans un coin sombre de la maison, ou
le soir dans le jardin? maintenant tu es partout, tu n’es nulle part.
Je te rencontre souvent, adolescente en baskets, un peu voûtée, sac sur l’épaule,
cheveux courts. Tu tournes la tête, ce n’est pas toi.
La ville est émaillée des stations de ton chemin de croix: le mur de l’hôpital
d’où tu as sauté pour t’enfuir, les cliniques, les couloirs blancs, vides, chambres sans âme, ton premier appartement, rue St Hy. En passant, je m’arrête, je cherche ta fenêtre du regard, rien
n’a changé, .....tes petits cafés, la boulangerie et ses croissants. Combien en as-tu mangé dans tes boulimies? Tu téléphonais “maman, j’ai encore bouffé!”. J’ai mis des mois à te croire.
La liste impressionnante de nourriture engloutie me paraissait si impossible. Je m’en suis parfois réjouie. Tu étais si maigre.
Peu à peu, je retrouve tes traces, tes gestes. Souvent, comme toi, je me tiens le
corps à deux bras, l’âme en souffrance. Je roule moi aussi mes cigarettes, j’achète un gâteau chez “Tarte Julie”, je parcours les rues où tu errais “seule, toujours seule maman”, et ce
périmètre autour de ton dernier appart. où je ne peux plus pénétrer, que je ne peux même frôler sans être saisie d’angoisse et fuir pour échapper à ses effluves
insupportables.
De ton image, il ne reste que des photos d’identité, tu ne pouvais y échapper, et
ce travail fait pour les Beaux-Arts, où tu apparais maquillée, tantôt hiératique en noir et bleu, ou riant, louchant, le visage maculé de tâches, ou sombre en rouge et jaune, jamais vraiment toi,
mais toujours ton long cou gracieux, tes grands yeux tristes, tes cheveux si courts. Et ta voix, brisée, voilée, bouleversante, fixée pour quelques années peut-être, sur une
cassette.
Ta chambre est restée identique, le lit en désordre, tes petits objets sur
l’armoire, sur la table , et dans une boite soigneusement rangée, ta collection de chapelets, si patiemment rassemblée. Sans doute les dernières choses auxquelles tu as porté intérêt, tu avais si
peu de désirs.
Tu avais mal dans ton corps, tu avais peur de la vie. Par cette souffrance, tu te
refusais à l’assumer. Tu as brûlé et vécu en dix ans ce que l’on met dans toute une vie, avec des répits et des joies.
Tu refusais ce que tu désirais le plus, la tendresse, les baisers et tu es allée
vers ce qui devait te détruire.
Tu avais une aspiration à la pureté, à la moralité et la découverte de ton moi
aurait été un drame. Tu le fuyais de psychiatre en psychiatre. Il aurait fallu que tu découvres le “moi” des autres, mais aurait-ce été mieux? Tu as rejeté ton corps devenu impur et tu as voulu
le détruire. D’abord la mort de l’âme, puis la mort physique.
Cette impitoyable descente aux enfers.
Cela apparaît comme une évidence cruelle, tu n’avais pas d’autre solution: la
mort.
Mais la question demeure obsédante, quelle brisure a engendré l’imperceptible
faille dans cette enfant fragile au beau regard triste, pour l’entraîner dans une deserrance tragique? Où a commencé cette dérive ?
“L’essentiel est invisible pour les yeux” Le petit Prince, St
Exupery.
C'est bien ces espaces pour exprimer ses ressentis. Marie
Je t'embrasse
Attends la suite