CLARA OU LA PÉNOMBRE
« Le beau n’est que le commencement du terrible »
RILKE
L’adolescente est nue sur un podium. Le ventre lisse et l’ellipse sombre du nombril se trouvent à hauteur de notre regard. Elle a le visage incliné, les yeux baissés, une main devant le pubis, l’autre sur la hanche, les genoux rapprochés et légèrement fléchis. Elle est peinte en terre de Sienne naturelle et ocre. Des ombres de Sienne foncée soulignent les seins et épousent l’aîne et la fente. Nous ne devrions pas dire « fente » parce que nous parlons d’une œuvre d’art, mais à la voir aucun autre terme ne nous vient à l’esprit. C’est une infime ouverture verticale sans trace de duvet. Nous faisons le tour du podium et contemplons la silhouette de dos. Les fesses brunies reflètent des grappes de lumière. Si on recule, son anatomie semble plus innocente. De petites fleurs blanches lui tapissent les cheveux. Il y a d’autres fleurs à ses pieds, une flaque de lait. Même à cette distance, nous percevons toujours l’odeur si particulière qu’elle dégage, semblable à celle d’une forêt parfumée par la pluie.
Un panneau indique le titre « Défloration »…
Début du premier chapitre de CLARA ET LA PÉNOMBRE de José Carlos SOMOZA
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