LA FIN DE L'HISTOIRE

il porte un petit chapeau de feutre noir son pardessus usagé sent le temps une serviette de vieux cuir sous le bras une canne de bois dans l’autre main il sort du métro à petits pas précis de fonctionnaire il se dirige vers son appartement lorsqu’il entre dans le couloir de l’immeuble au bruit que font ses pas sur le carrelage noir et blanc une porte s’entrouvre c’est celle de la concierge des yeux curieux pénètrent tout ce qu’ils rencontrent enfin le voila arrivé au palier il est un peu essoufflé c’est qu’il n’est plus très jeune maintenant! lentement il pose la serviette de cuir contre le mur puis il soulève le paillasson pour prendre les clés de son appartement la clé tourne mal dans la serrure et il doit un peu forcer il frotte machinalement ses pieds sur le paillasson , allume , ferme la porte enfin le voila chez lui comme tous les jours à sept un quart il est seul personne pour l’attendre le soir l’embrasser prendre soin de lui lui préparer de bons petits plats, non personne il est seul l’appartement est un peu vide dans un coin un téléviseur meuble un peu la pièce
qu’a-t-il fait depuis quarante ans rien de plus qu’aujourd’hui cela est bien triste à vingt ans c’était un jeune fauve ambitieux tombeur de filles avec un avenir souriant puis il y a eu la mort stupide de ses parents même un peu étrange et il a fallu arrêter les études travailler pour gagner sa vie il a fallu se battre dans le monde des adultes un monde qu’il ne connaissait pas et qu’il trouve bien laid et depuis plus rien comme si ces quarante années de travail ne faisaient qu’une celle qu’il était en train d’achever aujourd’hui même ce genre de réflexion n’était pas pour lui remonter le moral il avait sur sa table un tube de somnifère que le docteur lui avait prescrit parce qu’il dormait mal ce soir il avait bien envie d’en prendre un peu plus pour changer ça ne sera pas un soir comme les autres il alla à la cuisine sortit le potage du réfrigérateur et le mit à réchauffer puis il mit le couvert : une assiette un verre un couteau une fourchette il alluma le téléviseur couleur la voix du speaker retentit dans la pièce silencieuse celui-ci annonçait une grave catastrophe aérienne avec de nombreux morts avec moi ça fera un de plus pensa le petit homme il se mit à manger sa soupe lentement tout en regardant le film policier puis il se dirigea vers un placard en sortit un flacon sans étiquette c’était un alcool de sa fabrication il s’en versa un verre qu’il savoura lentement tient c’est mon dernier verre pensa-t-il puis il rangea tout soigneusement fit la vaisselle éteignit le téléviseur et alla se coucher il savoura d’avance le sommeil qu’il allait faire il prit le tube et avala le contenu avec un verre d’eau se déshabilla et plia soigneusement ses vêtements sur une chaise puis il mit la radio et se coucha il fit un rêve très long et il rêve encore, n’est-ce pas merveilleux ?
ce petit homme s’éteignit discrètement comme il vécut le lendemain sa concierge ne le voyant pas passer s’inquiéta elle monta chez lui frappa à la porte et n’entendant pas de réponse fit tourner la serrure à l’aide de son passe-partout, la radio marchait encore sur le lit le petit homme était mort on eut dit qu’il dormait son visage était serein sa bouche était figée sur un sourire c’était bien la première fois qu’elle le voyait sourire on l’enterra modestement à sa dernière messe il y avait peu de personnes sa concierge et quelques voisins de palier n’avait-il pas de famille si sûrement des cousins mais ils se moquaient éperdument qu’il fut mort ou vivant quand à une femme il fallait être riche car la femme est un produit de luxe évidemment il y en a des pas chères mais elles sont souvent laides et lui il aimait les belles femmes alors il préférait les contempler de loin comme si un simple regard eut comblé tous ses désirs
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